Le Kava

Qu’est ce que le kava ?
Le kava (Piper methysticum) est un arbuste. On peut le trouver dans de nombreuses îles du Pacifique. Il fait parti de la famille du poirier et peut atteindre deux à trois mètres de hauteur. Il existe à ce jour cinq espèces de kava se différenciant selon leurs aspects. Sa spécificité réside dans le fait que ses racines et ses rameaux regorgent d’un breuvage aux vertus médicinales reconnues internationalement : il a des vertus anesthésiantes et euphoriques provoquant une sensation de bien être, et une amélioration de l’élocution. Le kava est encore planté, aujourd’hui, selon des méthodes ancestrales. Les Wallisiens et les Futuniens, chargés de la récolte des racines de kava, utilisent encore des outils en bois afin de préserver la saveur du précieux nectar contenu dans la racine.
La culture du kava
C’est par repiquage des boutures que le kava est replanté pour une récolte future : il se passe environ 12 à 18 mois entre le repiquage et la récolte des racines de kava. De nos jours, le kava est quasiment inexistant à Wallis et nécessite une importation à partir de Futuna. Bien plus que pour ces vertus médicinales le kava, revêt tout son caractère culturel lorsqu’il est utilisé dans un contexte cérémonial. Bien que présent dans d’autres îles de l’Océanie sous différentes formes, le kava et sa cérémonie sont considérés à Wallis et Futuna comme sacrés et liés à la coutume et aux chefs.
Un élément culturel
Depuis toujours, cette plante sacrée occupe une place capitale au moment de l’investiture des rois et des chefs de village. C’est par le kava qu’on honorait les dieux. Son usage remonte à plusieurs siècles, bien avant l’arrivée des missionnaires catholiques en 1837. Aujourd’hui, il garde une valeur fondamentale en tant que tradition. La cérémonie du Kava varie selon les occasions et le président de la cérémonie.
Préparation commune du Kava
Le kava peut être consommé vert ou séché. Une fois les racines déracinées, elles sont nettoyées, coupées puis écrasées à l’aide d’un pilon. Après avoir été épluchées et découpées, les racines peuvent également être mâchées par des personnes préalablement choisies, souvent des jeunes filles vierges. Une fois, la racine bien écrasée, elle est mélangée à de l’eau. Le mélange s’effectue dans un petit récipient en bois en forme circulaire et posé sur 4 pieds appelé le Tano-a. Le breuvage ainsi constitué est servi à l’assemblée présente dans une coupe de coco. Compte tenu de ses propriétés relaxantes, après absorption elle permet de meilleures échanges lors des conversations, on s’en sert notamment lorsque les chefs ont à porter un jugement. Autrefois la cérémonie du kava avait pour but de créer un lien entre la société des vivants et l’au-delà. Aujourd’hui, après de multiples adaptations, elle marque une union entre les différentes catégories sociales et la hiérarchie des chefferies et de la royauté.
Le kava des chefs
La coutume veut qu’il soit servi dans les « Fale fono » qui sont des maisons dans lesquelles se réunissent tous les soirs les habitants du même village. Le kava des chefs a toujours existé tandis que le kava royal viendra beaucoup plus tard . Il ne sera utilisé pour la première fois, qu’avec l’intronisation du premier chef souverain Fakavelikele.
Le kava royal
Le kava royal suit des règles ancestrales bien précises : Il doit être préparé en présence du Roi, ainsi que de toute la chefferie, des autorités religieuses et administratives. En quelque sorte toute la société y est représentée, même le peuple est convié à cette préparation. Auparavant des incantations destinées aux divinités étaient scandées, aujourd’hui elles ont été remplacées par la messe chrétienne. Ce cérémonial est suivi d’un repas, où les invités forment un cercle dans lequel il est interdit de parler de fumer et de bouger.
Un ingrédient sacré toujours présent
La cérémonie du kava continue a être perçue, par les habitants de l’archipel comme un aspect fondamental de leur culture. Malgré la suspension par l’agence française de sécurité sanitaire des produits de santé fabriqués à base de kava, à la suite d’un constat d’hépatites survenus en Allemagne et en Suisse chez des patients ayant pris des médicaments contenant du kava, il n’y a jamais eu le moindre décès déclaré à mettre sur le compte du kava depuis cette interdiction survenue en 2002. Depuis de nombreux médecins, dénonçant le fait que les études pour démontrer la supposée toxicité du kava manquaient de sérieux, se sont insurgés contre cette décision qu’ils jugent sans réels fondements. Des recherches ont même été menées prouvant que le kava pourrait être préconisé pour la prévention du cancer et pour lutter contre l’anxiété liée à la ménopause. Pour les Wallisiens et les Futuniens, cette interdiction relève d’une décision administrative lointaine, qui est sans effet sur leur pratique ancestrale.